20/12/2008

Expo sur les tombes de chefs Francs à Saint Dizier

copie du site :

http://www.ville-saintdizier.fr/des-chefs-francs-du-vie-s...

Des chefs francs du VIe siècle à Saint-Dizier ?

 

Au début de l’année 2002, en amont de la construction d’un échangeur routier reliant la RN4 à la ZAC du Chêne Saint-Amant, L’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) a réalisé des fouilles archéologiques afin d’étudier les vestiges qui allaient être détruits par les travaux.

 

Déjà en 1993, lors de l’aménagement de la ZAC, des fouilles avaient exhumé des maisons sur poteaux de bois et à mur en torchis, des fours et des ateliers de travail du fer, révélant tout un village du haut Moyen Age. Fig. 1


La fouille de 2002 devait permettre de cerner la périphérie sud de ce village. Mais une surprise attendait les archéologues : à moins de cinquante centimètres sous le sol, sont apparues trois tombes – deux hommes et une femme – riches de quelques deux cent objets précieux, ainsi que les restes d’un cheval ! Cet ensemble est daté des environs de 525-550 ap. J.-C. Fig. 2


Localisation de la découverte (Fig. 1)

Plan des sépultures (Fig. 2)
Fig. 1 : Localisation de la découverte
© Cécile Paresys-Inrap/2008
Fig. 2 : Plan des sépultures
© Cécile Paresys-Inrap/2008

 

Une jeune femme...

 

La première tombe découverte par les archéologues est celle d’une adolescente de 17 à 19 ans environ, qui reposait habillée dans un cercueil, parée de ses nombreux bijoux. Fig. 3 et Fig. 4

 


La tombe de la jeune femme en cours de fouille (Fig. 3)

Détail des bijoux retrouvés dans la tombe (Fig. 4)
Fig. 4 : La tombe de la jeune femme en cours de fouille
© cliché Marie-Cécile Truc-Inrap/2008
Fig. 4 : Détail des bijoux retrouvés dans la tombe
© cliché Marie-Cécile Truc-Inrap/2008


Au cou, elle portait un collier de perles en ambre et en verre. Soixante-dix autres perles de forme et matières variées (ambre, verre, cristal de roche) ornaient sa poitrine. La fonction exacte de ces perles n’est pas encore élucidée : étaient-elles cousues sur la bordure d’un vêtement ou d’un sac déposé sur la poitrine de la jeune fille, ou bien formaient une longue pendeloque attachée au vêtement ? Faute de conservation du tissu des vêtements, le mystère demeure.


A la main droite, brillait une bague en or sertie de grenats. A son poignet gauche était passé un bracelet d’argent.


Quatre fibules en argent et incrustées de grenats fermaient ses vêtements. Fig. 5 et Fig. 6

 


Deux fibules rondes en argent serties de grenats (Fig. 5)

Deux fibules digitées en argent serties de grenats (Fig. 6)
Fig. 5 : Deux fibules rondes en argent serties de grenats, retrouvée à hauteur du cou de la défunte, devaient servir à fermer un col
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
Fig. 6 : Deux fibules digitées en argent serties de grenats ont été découvertes au niveau de l’abdomen
© Bruno Bell/2008

A sa taille devait être attaché un lien en cuir ou autre matériau périssable, au bout duquel étaient accrochés une perle en bois de cervidé, faisant peut-être office de talisman, ainsi qu’un couteau.


Sur son cercueil avaient été déposés une coupe et un flacon en verre, ainsi qu’un bassin en bronze et un pot en terre cuite.


Des récipients sont fréquemment retrouvés dans les sépultures mérovingiennes : ils étaient probablement utilisés pour contenir les offrandes (nourriture et boisson). Mais si le dépôt de céramiques est très courant, les verreries et la vaisselle métallique, surtout en nombre, sont beaucoup plus rares.

 

... et deux guerriers

 

Deux hommes, l’un âgé d’une trentaine d’années, l’autre d’une cinquantaine, ont été découverts à vingt centimètres à peine à côté de la jeune femme. Fig. 7 et Fig. 8


 


La tombe du jeune homme en cours de fouille (Fig. 7)

La tombe de l’homme plus âgé (Fig. 8)
Fig. 7 : La tombe du jeune homme en cours de fouille
© cliché Marie-Cécile Truc-Inrap/2008
Fig. 8 : La tombe de l’homme plus âgé
© cliché Marie-Cécile Truc-Inrap/2008

L’architecture funéraire des sépultures masculines est beaucoup plus ostentatoire que celle de la femme. Alors que le cercueil de cette dernière a été déposé dans une simple fosse, chaque homme a eu droit à une véritable chambre souterraine : deux fosses rectangulaires, mesurant environ 2,70 x 1,50 m, profondes d’au moins 80 cm, et aux parois et au sol tapissés de planches de chêne. Un couvercle de même matière en scellait l’ouverture.


Les défunts ont été placés habillés, avec leur épée et leur scramasaxe, dans un cercueil en chêne déposé dans la moitié nord de la chambre. Chacun portait une ceinture dont la boucle est en matière précieuse : cristal de roche pour le jeune homme, Fig. 9 argent massif pour l’autre. Le premier portait également une bague en or à la main gauche.


Une aumônière était attachée à la ceinture dans leur dos. Le cuir de la sacoche a disparu, mais les magnifiques fermoirs en verre et grenat sont quant à eux remarquablement bien conservés. La cellule rectangulaire centrale du fermoir appartenant à l’homme le plus jeune, comporte une incrustation en lapis-lazuli, inédite pour ce type d’objet. Le contenu des ces aumônière a été retrouvé : celle de jeune homme consiste en un couteau ; l’autre contenu, plus important, se compose d’une pince à épiler, de forces en fer et d’un fermoir d'aumônière usagé. Fig. 10

 

 



Boucle en cristal de roche et en argent (Fig. 9)


Les deux fermoirs d’aumônière (Fig. 10)
Fig. 9 : Si le cuir de la ceinture, matière organique
périssable ne s’est pas conservé dans le sol, cette
superbe boucle en cristal de roche et en argent a été
retrouvée en très bon état dans la tombe du jeune homme
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
Fig. 10 : Les deux fermoirs d’aumônière
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008

Les boucliers et les haches ont été posés contre le cercueil. La vaisselle de bronze et de verre (Fig. 11, Fig. 12, Fig. 13 et Fig. 13bis, Fig. 13ter)a été placée sur le cercueil ainsi que dans le reste de la chambre funéraire, aux côtés de dépôts périssables (étoffes, lanières de cuir, coffre en bois ?) qui n’ont laissé que des traces fugaces dans le sol. Enfin, sur le couvercle de la chambre avaient été placés un angon et une lance.


 


Chaudron en bronze (Fig. 11)

Bassin en bronze (Fig. 12)
Fig. 11 : Ce chaudron en bronze a été posé sur le cercueil du jeune homme. A l’intérieur avaient été placés une écuelle en bois et une coupe en verre
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
Fig. 12 : Deux bassins en bronze identiques ont été respectivement déposés dans les tombes de la jeune femme et du jeune homme
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008

 


Verreries (Fig. 13)

Verreries retrouvées miraculeusement intactes (Fig. 13bis)

Coupe brisée sous le poids de la terre (Fig. 13ter)
Fig. 13 : Sept verreries ont été retrouvées dans les tombes : ce nombre est exceptionnel pour l’époque mérovingienne
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
Fig. 13bis : Certaines verreries ont été retrouvées miraculeusement intactes comme celle-ci
© cliché Cécile Paresys-Inrap/2008
Fig. 13ter : D’autres se sont brisées sous le bois de la terre qui a progressivement comblé la chambre funéraire. Il a fallu toute la patience des restaurateurs pour reconstituer trois magnifiques coupes
© cliché Marie-Cécile Truc-Inrap/2008

Dans les tombes mérovingiennes masculines, la découverte d’armes telles que hache Fig. 14, scramasaxe Fig. 15 et bouclier est courante. La présence en surplus d’une épée, d’une lance et d’un angon est en revanche toujours révélatrice d’une élite. Ainsi, les deux hommes de Saint-Dizier ont été inhumés avec une panoplie d’armes très complète, qui révèle à la fois leur statut de guerrier et leur haut rang social.



Hache ou francisque que l’on lance en tournoyant (Fig. 14)

Scramasaxe conservé dans son fourreau en bois (Fig. 15)
Fig. 14 : Cette hache est une arme de jet, la fameuse francisque que l’on lance en tournoyant. Le manche en bois ne s’est pas conservé mais des traces fugaces ont révélé qu’il était en frêne, bois léger classiquement utilisé pour les armes de jet
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
Fig. 15 : Ce scramasaxe est conservé dans son fourreau en bois. La bouterolle est en argent
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008

 

Les deux épées sont incontestablement les objets les plus spectaculaires de ces deux tombes masculines. Toutes deux ont été déposées contre l’épaule droite des défunts. Elles sont conservées dans leur fourreau en bois d’aulne terminé par une bouterolle en argent. Fig. 16

Chaque épée comporte un pommeau en argent doré. Celui de l’homme le plus âgé est orné d’oiseaux gravés ; celui du jeune homme est incisé d’une inscription runique dont la transcription donnerait « alu », qui peut être traduit par « croissance » ou « pouvoir ». Cette inscription, située sur la face qui était tournée vers le corps, n’était donc pas visible lorsque son propriétaire la portait, ce qui est cohérent avec la signification du terme de Runes : « murmure, secret ». Réservée aux initiés, elle montre un lien intime entre l’épée et son propriétaire. Les épées mérovingiennes portant des inscriptions runiques sont très rares : à ce jour, parmi les milliers de tombes mérovingiennes fouillées, moins de cinq exemplaires sont connus en France. Fig. 17


Cette épée possède par ailleurs par deux anneaux en argent doré fixés sur son pommeau qui symboliseraient des liens d’homme à homme : un personnage important a peut-être remis cet anneau au propriétaire de l’épée en remerciement d’un service rendu, en témoignage d’une fonction particulière, ou encore comme symbole de loyauté mutuelle. Fig. 17



Les deux épées dans leur fourreau en bois (Fig. 16)

Pommeau d’argent de l’épée du jeune homme (Fig. 17)
Fig. 16 : Les deux épées dans leur fourreau en bois
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
Fig. 17 : Pommeau d’argent de l’épée du jeune homme. On distingue au centre les caractères runiques gravés et à droite, le double anneau d’argent doré
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008

 

Le pommeau de l’autre épée possède une échancrure, preuve qu’elle aussi était destinée à l’origine à recevoir un anneau. L’absence d’anneau sur cette épée soulève de nombreuses questions : cette épée, en a-t-elle jamais reçu un ? Celui-ci a-t-il été retiré à la mort de son détenteur ou à la fin de son service ou de sa fonction ? Son propriétaire était-il trop vieux ou en trop mauvaise santé pour combattre, avait-il passé l’âge d’exercer la charge qui lui avait été confiée, ou bien avait-il accédé à une fonction encore supérieure, le dispensant de faire allégeance et de rendre des comptes ?

 

Le cheval

 

A 5 m environ des tombes humaines, un cheval a été enterré dans une fosse rectangulaire. Fig. 18

Les archéologues l’ont découvert couché sur le côté, les pattes repliées sous lui. Cet animal ne semble pas être mort violemment ou abandonné suite à une blessure. Il fut l’objet d’une inhumation soignée, comme le prouvent la fosse bien creusée ainsi que la position de l’animal. Un mors retrouvé dans la sépulture du jeune homme laisse à penser que le cheval lui appartenait. Fig. 19


Les tombes de chevaux sont assez rares en Gaule mérovingienne, car cette coutume d’origine germanique s’est plutôt développée de l’autre côté du Rhin. Ce type d’inhumation aurait un rôle psychopompe, le cheval aidant le défunt à se rendre dans l’au-delà. Le sacrifice d’un animal à priori en bonne santé reflète le prestige et le haut rang social du défunt au même titre que le dépôt de vaisselle de luxe dans sa tombe.


 


Le cheval dans sa tombe (Fig. 18)

Mors en fer et argent (Fig. 19)
Fig. 18 : Le cheval dans sa tombe
© cliché Virginie Peltier-Inrap/2008
Fig. 19 : Le mors en fer et argent retrouvé dans la
chambre funéraire du jeune homme
© cliché Loïc de Cargouët-Inrap/2008
 

Des « tombes de chef » francs du VIe siècle

 

Ces sépultures présentent toutes les caractéristiques permettant de les rattacher au faciès archéologique des tombes dites « de chefs francs » du début du VIe siècle : retrouvées entre Seine et Rhin et entre les cours supérieurs du Rhin et du Danube, ces tombes se distinguent par la présence d’armes de prestige, de bijoux et objets de vaisselle d’un même horizon chrono culturel, par une architecture funéraire élaborée et une disposition presque standardisée des objets, traduisant la volonté de montrer l’appartenance du défunt à un groupe social bien défini.

Les tombes les plus précoces occupent le centre du royaume franc alors que les suivantes – au nombre desquelles comptent celles de Saint-Dizier - sont situées sur les marges. Leur rôle militaire et stratégique ne semble donc faire aucun doute : pour consolider sa conquête, Clovis puis ses descendants durent fixer une élite guerrière, s’assurant ainsi le contrôle sur des terres nouvellement conquises. La répartition des tombes de chefs du VIe siècle reflète donc l’expansion franque. Rappelons qu’au début du VIe siècle, c’est entre Langres et Saint-Dizier que passe la frontière entre les royaumes francs et la Bourgogne sur laquelle les rois francs avaient des visées. Après une première excursion en 523, puis un échec en 254, les Burgondes sont définitivement conquis en 534.


Pourquoi des « chefs » ici ? A cette époque Saint-Dizier n’existe pas encore. Si le lieu est déjà habité, il ne revêt aucune importance particulière : ce n’est ni un chef-lieu de cité, ni une agglomération secondaire. Cependant à quelques centaines de mètres des tombes, se trouvent les vestiges d’une villa gallo-romaine, partiellement fouillée dans les années soixante. Fort vraisemblablement, nos guerriers ont été attirés par la présence de ce domaine agricole, dont une partie existait sans doute encore au VIe siècle.

Par ailleurs, la présence du minerai de fer dans les environs a pu être également un élément d’attrait. Des fouilles archéologiques réalisées dans les années quatre vingt dix à proximité ont révélé qu’il avait été travaillé à cet endroit au moins à partir du VIIIe siècle mais rien n’empêche qu’il ait été extrait et travaillé bien plus tôt plus tôt. La présence d’une élite guerrière à cet endroit peut résulter d’une volonté d’avoir la main mise sur cette richesse de première importance, puisqu’à cette époque, beaucoup d’objets utilitaires ainsi que les armes sont en fer.

10:37 Écrit par Rodoric , courage et honneur dans Musées et expositions | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

courage et honneur Interessant .............. c'est de l'art ? ou un désir de barbarie ? lol

Écrit par : sucre d'orge | 22/12/2008

le barbare n'est pas toujours celui que l'on croit . et l'art n'est pas reservé qu'à nos civilisations modernes .....

Écrit par : Rodoric | 22/12/2008

Je vous vante pour votre exercice. c'est un vrai travail d'écriture. Poursuivez

Écrit par : serrurier paris 9 | 21/07/2014

Les commentaires sont fermés.